L'amortissement comptable
Vous achetez une machine à 24 000 euros. Elle sera usée dans 8 ans. L'inscrire en charge immédiatement fausserait votre résultat : vous afficheriez une perte massive l'année d'achat, et un bénéfice gonflé les suivantes. L'amortissement comptable règle ce problème en répartissant la dépréciation sur la durée de vie du bien. C'est une règle comptable fondamentale, et aussi un levier fiscal à maîtriser.
Qu'est-ce qu'un bien amortissable
Tous les actifs ne s'amortissent pas. L'amortissement ne s'applique qu'aux immobilisations dont la valeur diminue de façon certaine et irréversible avec le temps. Trois critères cumulatifs :
- Le bien est inscrit à l'actif du bilan (immobilisation incorporelle ou corporelle).
- Sa valeur se déprécie par l'usage, le temps ou l'obsolescence.
- Sa durée probable d'utilisation est déterminable.
Un terrain ne s'amortit pas (il ne se déprécie pas). Un fonds de commerce non plus en général, sauf conditions particulières. En revanche, le matériel informatique, les véhicules, le mobilier, les logiciels, les agencements et les bâtiments s'amortissent tous.
Les durées d'amortissement admises
La durée d'amortissement doit refléter la durée réelle d'utilisation du bien par l'entreprise. L'administration fiscale publie des durées usuelles à titre indicatif dans le BOFiP. En pratique, voici les fourchettes couramment admises :
| Type de bien | Durée usuelle | Taux linéaire |
|---|---|---|
| Matériel informatique | 3 ans | 33,33 % |
| Logiciels | 1 an (exceptionnel) ou 3 ans | 100 % ou 33,33 % |
| Mobilier de bureau | 10 ans | 10 % |
| Matériel de bureau | 5 € 10 ans | 10 € 20 % |
| Véhicule de tourisme | 5 ans | 20 % |
| Véhicule utilitaire | 4 € 5 ans | 20 € 25 % |
| Agencements, installations | 10 € 15 ans | 6,67 € 10 % |
| Construction bâtiment | 20 € 50 ans | 2 € 5 % |
Ces durées peuvent être réduites si votre utilisation est intensive (travail en 2x8, conditions difficiles), à condition que vous puissiez le justifier. S'écarter trop des usages peut attirer un redressement fiscal.
Amortissement linéaire : la méthode de base
L'amortissement linéaire répartit la valeur du bien en tranches égales sur sa durée de vie. C'est la méthode par défaut, applicable à tous les biens.
Formule linéaire
Annuité = Valeur d'origine x Taux linéaire
avec Taux linéaire = 1 / Durée en années
Exemple concret : vous achetez un ordinateur 3 000 euros HT le 1er juillet 2026. Durée : 3 ans, taux 33,33 %. La première annuité, calculée prorata temporis sur 6 mois, sera de 3 000 x 33,33 % x 6/12 = 500 euros. Les deux années suivantes, l'annuité sera de 1 000 euros. La dernière annuité (6 mois) sera de 500 euros. La valeur nette comptable tombe à zéro.
L'amortissement linéaire s'impose pour les biens incorporels, les bâtiments et tous les biens non éligibles au dégressif. C'est la méthode la plus lisible pour les investisseurs et les banques.
Amortissement dégressif : l'avantage fiscal en début de vie
L'amortissement dégressif s'applique aux biens neufs d'équipement achetés pour les besoins de l'exploitation. Il accélère la charge en début de période, ce qui réduit le bénéfice imposable les premières années. L'état l'a conçu comme une incitation à l'investissement.
Le taux dégressif s'obtient en multipliant le taux linéaire par un coefficient fiscal fixé par le BOFiP :
| Durée du bien | Coefficient fiscal | Exemple : taux linéaire 20 % (5 ans) |
|---|---|---|
| 3 ou 4 ans | 1,25 | 20 % x 1,25 = 25 % |
| 5 ou 6 ans | 1,75 | 20 % x 1,75 = 35 % |
| Plus de 6 ans | 2,25 | Par ex. 10 % x 2,25 = 22,5 % |
Le taux s'applique chaque année à la valeur résiduelle (valeur d'origine diminuée des amortissements déjà pratiqués), et non à la valeur d'origine. Quand l'annuité décroissante devient inférieure à l'annuité linéaire calculée sur la durée restante, on bascule sur le linéaire pour finir l'amortissement.
Exemple dégressif chiffré
Machine de production neuve : 20 000 euros, durée 5 ans, coefficient 1,75. Taux dégressif = 20 % x 1,75 = 35 %.
Année 1 : 20 000 x 35 % = 7 000 euros. Année 2 : 13 000 x 35 % = 4 550 euros. Année 3 : 8 450 x 35 % = 2 958 euros — mais le linéaire sur 2 ans restants donne 4 225 euros, donc on bascule. Années 4 et 5 : 4 225 euros chacune. Total = 20 000 euros.
Amortissement exceptionnel et sur 12 mois
Certains biens bénéficient d'un amortissement exceptionnel sur 12 mois : c'est le cas des logiciels acquis (hors logiciels intégrés à du matériel). L'entreprise peut déduire 100 % du prix la première année, ce qui crée un avantage de trésorerie immédiat. Ce régime s'applique également aux robots industriels, aux équipements de réduction de la consommation énergétique et à certains véhicules propres dans le cadre de dispositifs incitatifs. Vérifiez avec votre expert-comptable si un achat prévu ouvre droit à l'un de ces régimes avant de conclure.
Simulateur d'amortissement
Amortissement dégressif : biens neufs d'équipement uniquement. Le basculement vers le linéaire est automatiquement calculé. Estimation indicative.
L'obligation de comptabiliser l'amortissement minimum
Un point souvent mal connu : même si vous êtes en déficit, vous devez comptabiliser l'amortissement. Si vous omettez une dotation, vous ne pouvez pas la rattraper les années suivantes : la charge est définitivement perdue fiscalement. C'est la règle de l'amortissement minimum obligatoire posée par le BOFiP. En cas de contrôle fiscal, l'administration réintègre les amortissements sous-estimés et peut les requalifier.
La bonne pratique consiste à faire valider le plan d'amortissement par votre expert-comptable dès l'acquisition du bien. Pour l'analyse des incidences sur votre résultat, les soldes intermédiaires de gestion vous permettront de mesurer l'impact des dotations sur votre EBE et votre résultat d'exploitation.
Sources : bofip.impots.gouv.fr (BOI-BIC-AMT-10-40-20170104, BOI-BIC-AMT-20-20-20120912, BOI-BIC-AMT-20-10-20120912), impots.gouv.fr, plan-comptable.fr.